Christine Messmer
Christine MESSMER
(1929-2026)
2020 Exposition personnelle, La Capitale galerie, Paris
( en permanence )
2021 Exposition personnelle, “œuvres récentes” La Capitale galerie, Paris
2024. Exposition personnelle, “œuvres récentes” La Capitale galerie, Paris
Extraits :
“Dans mon enfance, j’ai toujours peint et dessiné, ce langage me venait naturellement pour « dire » le monde qui se découvrait à moi et en moi. Je ne pensais pas alors que cela occuperait ma vie entière.
Les sons, les couleurs, les formes, les odeurs mêmes, déposent en nous des images mentales encore indécises qui cherchent par la peinture leur vérité. Rien n’est indifférent de ce qui a vécu, un bref instant d’émerveillement s’étire parfois sur la toile en une page de contemplation.
J’ai conscience que plusieurs motifs reviennent de loin en loin dans ma peinture, comme jamais épuisés : Le soleil, lumière et vie, la lune magicienne aux aspects changeants, l’eau des profondeurs ont la fontaine jaillissante, les jardins tour à tour familiers ont inconnus, les arbres qui structurent la terre s’épanouissant en bouquets de fleurs impalpables, le voyage enfin qui nous soulève et nous emporte je ne sais où.
Dans cette quête, on est bien sûr confronté à la limite de ses propres moyens, aux moments d’absence où l’angoisse va se saisir devant la toile blanche ; mais dès que la main retrouvait le pinceau, le chant du monde résonne à nouveau et l’espoir aussi de voir apparaître un rayon du
mystère
dela vie . c’est que les toiles ne sont pas datées : ce sont réellement soixante années de peinture, d’une unité assez remarquable qui sont devant nous, avec certes des variations, des modulations, mais qu’il est impossible d’inscrire dans une chronologie. Soit une huile de format moyen intituléeL’aube des Amandiers: sur fond bleu clair, on distingue qu’ils sont trois. Ils sont environnés de légères touches de blanc : ils sont donc en fleurs. C’est tout, et cela suffit pourtant à arrêter longuement le regard. Nous parcourons un itinéraire pictural à travers des transparences froides, mais nous sentons qu’il s’agit aussi d’un itinéraire allégorique de l’artiste qui a très longtemps cheminé dans ses tableaux. Nous avons au moins une certitude devant cette peinture ni abstraite ni tout à fait figuratif : l’œuvre est vraie par rapport à elle-même.
> L’aube des Amandiers communique, dans son indécision même, une impression d’achèvement, tout comme L’Echelle des Anges , peinture cependant construite de manière très différente : des formes claires, aériennes, qui s’envolent sur un fond bleu plus soutenu. Mais peinture tout aussi vraie parce qu’achevée, parce qu’il n’est pas possible d’y associer l’idée de repentir. L’impression que l’artiste n’a pas eu à se reprendre, comme pour Le Jardin de la lune ou la Trouée d’automne , cette impression s’empare du spectateur : tout se passe comme si Christine Messmer ignorait toute tentation de nature. Bref : chaque œuvre s’impose à nous parce qu’elle s’est d’abord imposée à elle. Peu importe que, dans les faits, l’artiste ait beaucoup travaillé : c’est effectivement par le travail qu’elle obtient des tableaux d’une parfaite sérénité. En peinture, « vérité » n’a jamais fait bon ménage avec « bâclé », et l’artiste nous en donne tranquillement la preuve.
Un tableau de Christine Messmer, Lumière dans les ténèbres par exemple, répond par lui-même, et par avance semble t-il, à tous les pourquoi, étant entendu que la réponse ne sait appartenir à l’ordre de l’entendement : c’est dans le sensible qu’il nous plonge, c’est à un acquiescement du corps qu’il invite, et c’est dans ces conditions que nous pouvons nous laisser saisir par notre première impression d’aisance et de sûreté. L’objet-tableau est vrai parce qu’il sonne juste et que, ce faisant, il rend agréable notre perception. Les transparences de La barque du jour s’ordonnent ainsi sous nos yeux en toute rigueur, mais une rigueur qui ne doit rien à la logique. La semble peinture avoir littéralement germé ici, comme aurait dit Paul Klee, animant notre regard, lui communiquant sa plénitude. Mais nous ne sommes pas seulement un regard, nous attendons que l’œuvre éveille un intérêt d’une autre nature en nous, de telle sorte que sa rigueur ne soit pas exclusivement sensible : il faut en un mot que la rigueur du sensible soit le signe d’une autre rigueur, celle de la vérité par rapport à l’artiste, et c’est bien ce qui se passe. Christine Messmer se donne entièrement à son art depuis toujours, sans rien lui demander d’autre que de laisser sourdre, ici et là, un peu de ce que l’on appelle la beauté. Jean-Luc Chalumeau-2020
“Comment expliquer le choix d’une vocation qui engage une vie entière ?
Pour ma part, je n’ai pas choisi, c’était plutôt le développement naturel d’une disposition qui m’a été donnée dès l’enfance. Sans en avoir conscience, j’avais besoin de peindre pour “dire” le monde. Cet instinct primordial ne m’a jamais quittée à travers les influences diverses des années d’études et de formation.
Tout ce que l’on voit, la nature étant un grand maître, mais aussi ce que l’on entend, désir, ressent, joies et peines, s’inscrivent dans le langage pictural en quête de vérité.
Par le jeu infini des formes et des couleurs, cet univers complexe trouve sa visibilité.
Devant la toile blanche, le cœur tremble : c’est un enclos sacré qui attend ce que nos mains vont déposer jusqu’au moment incertain où cet espace acquiert son existence propre, justifiant ainsi sa propre beauté.” Christine Messmer
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