Pierre Duterte

Pierre Duterte

Pierre Duterte vit et travaille à Paris

2010    La Capitale Galerie,Paris(en permenance) « voyage au Japon »
2011    La Capitale Galerie, Paris (expo personnelle) » les outils de Pierre Soulage »
2014    La Capitale Galerie, Paris  (expo personnelle) “Ecoliers de Kaboul

« Pourquoi le Japon ?…

On donne aux enfants des crayons de couleur pour représenter le monde.
Les aînes, eux, savent que toute la couleur du monde est dans le noir, comme dans l’encre des mots.

La photographie, telle qu’elle est pratiquée par Pierre Duterte, en dit encore bien plus : c’est du noir et blanc, mais on y voit des verts brillants et des rouges mats, on y sent la texture du monde, depuis les bruns rugueux des tuiles jusqu’au beige poudreux d’un escalier immémorial.
Des mains sortent de l’œil, et les doigts recueillent les miettes de poussière humide sur une statue sans âge et la fourmi qui chemine sur le bambou. Le nez s’en mêle, hume le parfum des acacias et capte la fumée d’un feu de bois quelque part hors champ. L’oreille entend bruire les branches…

Duterte ne raconte rien. Inutile de chercher du pittoresque, de l’admirable ou du pathétique dans ses œuvres.
Ses images sont celles du Japon, mais on croit entendre une des suites pour violoncelle seul de Bach, autres exercices en blanc et noir.
Pourquoi le Japon ? Je soupçonne que la séduction du bouddhisme zen n’y est pas indifférente, et particulièrement son absence d’explications.
Dans un monde où celles-ci pleuvent dru à chaque instant de la vie, où des myriades de gens sans cesse expliquent tout, de l’art de faire le pain à la raison d’élections perdues, c’est un grand repos.

Avant de regarder les photos de Duterte, je propose, pour mieux les goûter, cet apologue zen.
Un grand poète zen, Minagawa Shunzaemon, rendit un jour visite au maître Ikkyu, chef d’un temple.
Celui-ci lui demanda des nouvelles de sa province. « Les corbeaux croassent, les moineaux gazouillent, la rivière coule dans le champ, le vent le balaie », raconta le poète. Ikkyu lui offrit le thé et lui récita les vers suivants :

« Je voudrais vous servir un mets délicat,
Hélas, le zen ne peut rien offrir. »
A quoi Shunzaemon répondit
« L’esprit qui ne peut m’offrir que du rien
est le vide originel,
un mets délicat entre tous. »
Et le maître ému lui déclara :
«  Vous avez beaucoup appris ! »
L’on comprend alors la fraîcheur et la paix des photos de Pierre Duterte. » Gérald Messadié

« Il y a 20 ans, je rencontrais Pierre Soulages pour la première fois, j’étais très intimidé. Assis dans son atelier pour un entretien de 30 minutes je me permis de lui demander de me montrer « ses outils » que je pressentais peu « ordinaires », j’obtins pour réponse  un « non je ne les montre pas»!

Nous avons échangé sur le « miraculeux » de sa peinture, sur la pêche à la mouche, sur le travail des artisans, sur Joseph Delteil. Et, après … deux heures, très gentiment Pierre me dit : « viens, je vais te montrer mes outils ».
Un étroit placard s’ouvrait alors et je faisais face à ses outils faits maison, faits main !  J’étais très impressionné devant la boîte aux trésors que j’avais pressentie.

Nous nous étions retrouvés sur le geste du tailleur, du cordonnier etc. et j’ai compris que sa peinture non traditionnelle, extra-terrestre nécessitait des outils hors du commun. Que la main de Pierre avait besoin de ses outils pour traduire ce qu’il cherchait dans l’instant.

Je compris alors que sa liberté de création passait aussi par la liberté de créer SON outil. Au-delà d’une vision éthique, il y avait une réflexion sur l’outil. La liberté de créer passait par des « instruments » qui n’étaient pas le fait du hasard, ou d’une habitude de marchand de pinceaux. Ces pinceaux ordinaires n’avaient rien à faire ici. Tout était lié, réfléchi, tout était unique. Son idée relayée par sa main et terminée par son pinceau.

L’outil n’entraînait pas le travail. Le travail particulier d’un moment particulier avait besoin de son outil. S’il n’existait pas il fallait le créer, lui aussi.
Il y a quelques mois, j’ai dû vaincre ma réserve à oser demander de pouvoir photographier ces outils, ses outils, Cette exposition, moment d’échange et de partage, est un pont entre notre première rencontre et aujourd’hui.

Merci à Pierre et Colette pour ce temps distendu que je vis comme extra-terrestre, extra-ordinaire, ce moment qui se prolonge depuis 20 ans. » Pierre Duterte

” Pierre Duterte  …Qu’une main sorte du mur…

Voici maintes années que les photos de Pierre Duterte se sont imposées aux amateurs. Pour quelles raisons ? Chacun aura les siennes, tous en partagent une : ces images sont humanistes. Elles ne doivent rien à l’esthétique, c’est -à- dire à la mode, autrement dit, à la convention fugace…

Les photos de Duterte sont humanistes parce qu’elles incitent à regarder l’Autre…
Le démarche est philosophique et chiffonne la xénophobie qui sommeille au fond de l’humain, pour qui ce qui est étranger risque toujours d’être hostile, donc inhumain…

Bien peu entre nous, s’ils les croisaient dans la rue, arrêteraient leur regard sur les sujets préférés de
Duterte, des inconnus, hommes, femmes, vieux, jeunes, venus d’un pays lointain qu’on tiendrait volontiers pour une autre planète. Charges des stigmates de l’infortune, de la persécution, de la torture, ils sont l’antithèse parfaite de ces favoris des paparazzi, les stars. Et Duterte, lui, en fait des stars.

Réfugies d’Afrique ou enfants d’Afghanistan, qu’importe : ce sont eux qui nous regardent. Ils nous interpellent : « Je suis l’Autre, ne me reconnais-tu pas ? » Alors, il nous faut bien reconnaître que ce soit des frères ou des sœurs, nos enfants.
Je confesse que ces photos m’ont inspiré un fantasme : que par un sortilège de l’espace-temps, quand on les regard bien, une main sorte du mur.
Celles du sujet. Si c’est un adulte, je l’inviterais à prendre un thé.
Et si c’était un enfant, je l’emmènerais au marché et je lui demanderais de quel fruit il a envie…

Tel peut être l’effet des photos de Pierre Duterte”. Gerald Messadie-2014

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Pierre Duterte lives and works in Paris
2010    La Capitale Gallery, Paris (permanent collection)
2011    La Capitale Gallery, Paris
2014    La Capitale Gallery, Paris

voir l’expo/see the exhibition-2014

voire l’expo/see the exhibition-2011

 voire l’expo/see the exhibition-2010