Michel Fauconnier

Michel Fauconnier

Michel Fauconnier vit et travaille à Paris

Né le 26 février 1932 à Boulogne Billancourt.
Ayant été formé à l’école des Beaux arts de Paris dans l’atelier de Messieurs GOMORT et ARRETCHE en architecture.

Depuis 1957, disciple du sculpteur SALOME VENARD- 1904/1987- Michel Fauconnier explore dans le marbre, l’albâtre, le grès, la lave… le bloc de pierre l’inspire.

Il pratique la technique de la taille direct, dessinant sur le bloc avec un gros fusain son oeuvre en élaboration continuelle.
Il sculpte avec sensualité la Faunesse, les Parques, le Rêve, Sappho, Aphrodite ou le Grand Large.

2015      La Capitale Galerie, Paris- sculptures et peintures (Fauconnier/Chambord

“M. Fauconnier

Michel Fauconnier appartient à cette frange de sculpteurs qui continuent de pratiquer la taille directe et à y trouver des raisons de croire à la pérennité de l’acte d’ôter pour construire. Il est par conséquent cet artisan lucide de la pierre, légataire d’une tradition ancestrale, dont les blocs conservant la trace originelle dans les replis et les ondoiements de leurs textures. Discret par pudeur mais au plus près du vivant, il a naturellement fondé son vocabulaire sur la libre interprétation de la figure humaine. Non pas, d’évidence, dans la stricte représentation, mais plutôt dans l’évocation, en ce que ses volumes le plus souvent ramassés, ne s’attardent pas sur un détail, mais ciblent l’impact visuel de l’ensemble, en optant pour la synthèse.

En résulte une œuvre rarement fracturée, massive sans lourdeur, rigoureuse sans froideur, élégante sans ostentation, où l’on ressent la communion de sentiment qui unit l’artiste à son matériau, parce-que dans ce rude face à face, on ne saurait tricher. Alors,  à partir de son intelligence tactile et des élans de son imaginaire, épaulé par un geste lent et coulé, il associe ses plans incurvés à de brèves ruptures de rythme, les plus légers renflements et les plus radicales dilatations organiques, les arrondis et les striures, l’érotisme de ses étreintes charnelles et des faciès ébahis tête bêche, des torses les bras levés ou de lourdes féminités sous l’emprise du désir . . . dont l’unité se façonne dans l’épreuve des petites différences, sur une même thématique.

Mais ce qui frappe ici, entre la densité volumétrique et les surfaces lisses, la gravité exempte de pathétique et la sensualité des attitudes, c’est la simplification des éléments, la conjonction des proportions et l’harmonie du rendu. Et en surplomb, dans la définition de ces visages généralement féminins aux yeux absents et aux bouches lippues, comme dans leur dépouillement structurel, se dessine quelque chose de hiératique et d’élémentaire, qui scelle des analogies avec la statuaire Olmèque du Mexique pré-colombien, culture à laquelle le sculpteur demeure attaché.

Pareillement, il observe une grande vigilance au moment d’élire les matériaux qu’il affectionne. Parmi eux, la pierre, le marbre, le bronze, l’albâtre, parfois la lave . . . prêtent leur épiderme souvent rétif à ses entreprises. N’élaborant pas d’esquisse préparatoire, il peut donc entamer avec eux un dialogue fraternel, selon leurs propriétés spécifiques, la géographie de leurs configurations ou le caractère de leur grain. Mais c’est avant tout l’idée qu’il se donne du référent puisqu’il a besoin d’un sujet au départ, qui arme son bras et stimule sa pensée. La suite de son processus se développe de manière à la fois rationnelle et spontanée, mais chaque pièce est une nouvelle inconnue à décrypter, pourtant, déclare-t-il, “la sculpture se fait d’elle-même”. En effet, elle s’ordonne chez lui graduellement autour d’un noyau stabilisateur, qui gouverne l’équilibre des parties.

Fauconnier n’a pas eu à supputer longtemps le destin qu’il souhaitait conférer à sa vie, car il n’a jamais caressé d’autre désir que de se mesurer  à la matière et devenir sculpteur. Un temps élève en section architecture à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, en dépit de la tiédeur d’un père ingénieur, il finit par adopter la troisième dimension, conforté plus avant dans sa vocation, par le sculpteur Salomé Vénard. Peu disert, au large des influences, des théories et des Ecoles, il suit son propre chemin, confiant, déterminé, et assure vouloir exprimer dans sa sculpture, ce qu’il peine à dire avec des mots.

Choisi pour réaliser des projets monumentaux au titre du 1%, présent dans les plus importants Salons hexagonaux, il étoffe peu à peu son cursus, affine son style, se plait  à étalonner la résistance de ses matériaux, à changer d’échelle, et n’en finit pas de décliner sa perception de l’humain. Ceci, toujours à travers ses corps affaissés, recroquevillés sur leurs secrets, ou ses faces tendues et renversées, prolongées par la peau veinée d’autant de formes tombantes. D’autres fois, ce sont des chairs intriquées qui se profilent, sinon des têtes agglutinées aux regards perdus, ou encore des femmes-enfants aux attributs exagérément grossis, quand on ne songe pas à des sortes d’insectes anthropomorphes.

Il y a là beaucoup d’énergie condensée et de charge sensitive, qui témoignent de l’ardeur physique et intérieure de l’artiste à la recherche de l’expressivité la plus juste. Finalement, en faisant corps avec la pierre, il a su capter son esprit, s’identifier à elle et à son histoire, avant de lui insuffler son chiffre, en respectant son intégrité.

Indépendant, libre penseur, Fauconnier est simplement un sculpteur resté maître du sens et de ses moyens. Eu égard à l’humanité de son parcours, à ses procédés techniques, à la noblesse de son approche, où l’œuvre se dévoile comme un objet de jouissance par le jeu des réminiscences, c’est un classique. Et un classique, disait Valéry : « c’est quelqu’un qui connaît son métier ».    Gérard Xuriguera Paris, juillet 2015