Roger PLIN

(1918-1985)

Roger PLIN
(1918-1985)
sculpteur, dessinateur, graveur, céramiste, enseignant

1918 : Naissance le 19 mai à Fontenay-Trésigny dans la Brie. Passe son enfance entre Marles et Verdelot.
1932-1936 : École Boulle, atelier de monture en bronze, Paris.
1937-1938 : École Supérieure des Arts Décoratifs, Paris.
1938-1940 : École des Beaux Arts de Paris, Atelier de sculpture Jean Boucher.
1942-1944 : École Nationale de L’Enseignement Technique, Paris. Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris. Fréquentation de la Grande Chaumière (ateliers Auricoste et Zadkine), et de l’atelier de céramique Talbautier-Martin; y apprend la technique du tour, la céramique et les émaux. Il fréquente aussi l’Académie Julian (atelier Zwobada). Sa rencontre avec Jacques Zwobada, sculpteur, dessinateur, (1900-1967) est déterminante ; il se remet totalement en question, tant en dessin qu’en sculpture. Ce dernier lui prodigue des conseils et lui transmet des connaissances qui lui viennent du sculpteur Charles Malfray (1887-1940) ; lui-même en a hérité du sculpteur Charles Despiau (1874-1946)…
1945 : Loue un atelier au 29, rue des Boulets à Paris ; il y travaille la céramique; il y possède un four. Réalise pendant cette période de très nombreuses céramiques émaillées aux thèmes variés, qu’il commercialise. En dessin, il pratique activement l’étude de nu dans les diverses académies qu’il fréquente.
1951-1968 : Est nommé Professeur à l’École des Arts Appliqués à l’Industrie de la rue Dupetit-Thouars à Paris. Durant cette période il est en contact étroit avec Zwobada notamment lors de sorties pour l’étude des animaux au zoo de Vincennes, et au Jardin de Plantes. Il enseigne à de très nombreux élèves qui entreront aux Beaux-Arts de Paris et se sont faits, à présent, un nom dans le monde de l’art.

1957 : Aménage son nouvel atelier, dans un ancien garage automobile, à Dammartin-sur-Tigeaux dans la Brie. À la pratique de la terre cuite s’ajoutent désormais la taille du bois, de la pierre, le travail du plâtre, la ciselure de ses bronzes. Il commence une série de monuments qui orneront différents sites et églises de la région : Crécy-la-Chapelle, Faremoutiers, Melun, Verdelot, Pommeuse, Tournan-en- Brie… mais aussi au-delà, dans d’autres villes de France: Abbeville, Briançon… En quelques années son évolution est fulgurante, tant en dessin qu’en sculpture. Son art s’amplifie et ses thèmes se varient encore davantage. Son intérêt pour l’histoire du dessin et celle de la sculpture ainsi que sa fréquentation de hautes personnalités (Bachelard, Francastel…) de l’art n’y sont pas étrangers. Sa filiation avec la période contemporaine est évidente, même s’il y a prégnance de périodes artistiques beaucoup plus anciennes dans ses goûts : baroque, romane, grecque archaïque, assyrienne, préhistorique…

1961 : Il participe à des expositions collectives, et organise, jusqu’à sa disparition, de très nombreuses présentations de ses oeuvres tant en France qu’à l’étranger : Espagne, Portugal, Angleterre, Allemagne.
Première exposition personnelle à la galerie Paul Cézanne. Le catalogue est préfacé par le philosophe Gaston Bachelard.

1963 : Débute une très grande série de médailles coulées, qu’il cisèle lui-même.
1965 : Publication du recueil « Nus » préfacé par Gaston Bachelard ; le philosophe qui avait eu ses dessins en mains l’avait invité à les regrouper au sein d’un album.
1969-1983 : Est nommé Professeur à l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris. Atelier de dessin-composition au Cours Yvon. Il a comme collègues : Etienne-Martin, Bertholle… Pendant ces quatorze années, il forme un très grand nombre d’élèves qui rendent tous hommage à son très grand talent d’artiste, et à son don totalement hors normes pour la transmission de son savoir et l’émulation de ses disciples ; intransigeant sans être décourageant, il sut toujours les guider, peintres ou sculpteurs, sans perdre le fil de leur évolution.

1976 : Sa passion pour la musique classique ainsi que sa fréquentation assidue des musiciens et des orchestres l’incitent à créer un très grand nombre de dessins sur le sujet, à l’unité stylistique parfaite (mine graphite), qui l’amènent à éditer le recueil « Musiques », préfacé par son ami l’Abbé Jean Perrin. Il fait installer une presse pour pratiquer la gravure et il crée avec maîtrise un grand nombre de planches, à la pointe sèche; il pratique aussi parallèlement la lithographie. Remariage avec Françoise Verdes.
1977 : Expositions à la Commanderie des Templiers (Coulommiers), et aux Archives Départementales de la Préfecture de Melun.
1978 : L’assidu Jean Perrin, son principal biographe lui consacre un livret très important dans Revue d’Histoire et d’Art de la Brie et du Pays de Meaux.
1984 : Publication  « Empreinte » consacré à ses dessins de nus.
1985 : 1er novembre : Décès tragique de l’artiste dans son atelier de Dammartin-sur-Tigeaux.

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Exposition Roger PLIN, Galerie Paul Cézanne 1961

“L’artiste du dessin n’est pas seulement un homme des contours. Il a plus à faire qu’à enfermer une belle forme dans ses justes lignes. Le crayon lui aussi, pour avoir toutes les resources du pinceau, doit résoudre le problème de l’équilibre des ombres et de la lumière. Roger Plin va au fond de ce difficile problème.
Qu’il dessine un paysage ou le corps d’une femme, il veut, avec son crayon, placer d’une lueurs, susciter des nuances de lumière, éveiller toutes les résonances qui retentissent dans la contemplation d’une oeuvre d’art assez sûr d’elle-même pour se passer des privilèges de la couleur. En fait, ces résonances sont si fines, si bien associées, que si l’on rêve un peu devant un dessin de Plin, on se sent en attende d’une coloration. Le schéma de la rêverie a été si bien dessiné par l’artiste que notre rêverie nous redonne le réel dans toute sa splendeur.

Oui, restez un peu longuement devant tel dessin où la mer se repose entourée de collines. Le ciel est immense et la mer est tranquille. Mais l’immensité du ciel n’est pas vide. Ce n’est pas du papier blanc. Ce n’est pas une espace qui a refusé le crayon.
Ce ciel sur le mer de Honfleur, Roger Plin en a saisi la valeur, la juste valeur opposée à la valeur d’une eau moutonnante, murmurante. Et devant un si grand spectacle, je me souviens d’un grand vers de Francis Vielé-Griffin « Le ciel est léger, floconnant et tendre »

Pour moi, un paysage saisi par un grand artiste est toujours un poème. Un clocher, un rue, ce n’est pas simplement en dessiner la géométrie. Il faut faire régner des clartés, faire trembler aussi des ombres, belle manière de dire la douceur d’habiter. Car un dessinateur de maisons heureuses doit nous transmettre une invitation à entrer.Roger Plin aime tant ce qu’il dessine que toutes les demeures ont le grand signe de l’hospitalité.
La maison peut être lointaine, elle peut n’être vue qu’à travers un rideau d’arbres qui offrent leurs sombres au touriste. De loin quand même elle accueille, elle appelle. J’aime ce dessin où des arbres droits et noirs laissent entrevoir un site où il ferait bon vivre, une maison où l’on aimerait être attendu. Et me voici repris par ma folle rêverie d’habiter toutes les demeures où l’on rêve d’être bien.
Bien attendu, comme tous les dessinateurs-nés, Roger Plin veut dessiner « l’objet essentiel » la plus belle des formes : la femme nue est la gloire des courbes bien associées.
Dans une épaule surprise par Plin, rien ne finit et tout commence. Un philosophe bergsonien verrait des promesses de danseuse dans la grâce immobile de ces corps dessinés. Mais pour Plin le corps d’une femme n’a pas besoin de légendes. Ce corps est si concentré sur soi-même qu’il n’a pas besoin de cadre, pas besoin d’atmosphère et surtout pas besoin de ces paysages où des peintres nous donnent la femme nue dans les prés. Le crayon de Roger Plin respect si bien la netteté d’une chair, sous des tons doux et chauds, qu’il semble que le corps féminin puisse vivre dans une atmosphère toute proche, dans une chaleur immédiate…
Quand on voit de telle réussites, on se convainc que c’est en dessinant le corps d’une femme qu’il faut apprendre à dessiner. On comprend aussi qu’un dessinateur chevronné revienne souvent, revienne sans cesse, à l’origine de la beauté féminine, d’une beauté qui est un des sommets de la vie. Quand un dessinateur quitte le crayon pour le ciseau, quand il sculpte des formes au lieu de les dessiner, il veut faire face à une résistance franche. Sans doute, il savait bien que la forme à dessiner a je ne sais quelle résistance. On ne la domine pas d’un premier coup d’oeil.  Le modèle ne se livre pas en premier ébauche.

Pour mieux sentir ces résistances dessinées, Roger Plin a voulu lutter contre des résistances palpables, il s’est fait modeleur, il s’est fait sculpteur. Sans le suivre dans ce dramatique travail, nous allons commenter rapidement deux oeuvres singulières.
Rêvons d’abord devant les nuages modelés. On sait bien que les nuages qu’on dessine sont des formes éphémères. Il faut les surprendre dans un équilibre instable du paysage. Roger Plin a voulu leur donner l’être même de leur isolement. Il a pétri ce que l’on ne touche pas, ce qu’on ne touchera jamais. Les nuages de plâtre, grâce à lui, les voici dans mes mains. Mon doigt court sur les fissures. J’ai l’impression de connaître leur gonflement. Être nuageux, être un nuage, c’est tout même avoir un être. Avec un objet comme celui-là sur sa chaire de professeur, un philosophe ne s’arrêterait pas de parler. Quelle nostalgie d’enseignement Roger Plin me donne avec ses nuages modelés.
À un autre pôle de la résistance, au lieu de la résistance molle du plâtre, Roger Plin a travaillé la résistance robuste d’un arbre. Il a trouvé en son élan incroyable la grande flamme rouge qui anime un tronc d’acajou. Cette flamme est écrasée par le rabot de l’ébéniste. Il faut aller au centre du bois avec des délicatesses de main, pour retrouver le travail du feu primitif. Novalis disait que tout grand arbre est une flamme végétale. La sculpture de Plin le prouve.
De cette flamme sculptée, un poète en ferait un hymne, il nous en ferait entendre le tressaillement, tous les sursauts vers la hauteur.
Cette flamme n’est-elle pas un prestigieux dessin réalisé, matériellement réalisé? Elle peut nous servir de symbole de l’activité d’un artiste, d’un double artiste qui donne le mouvement à l’immobile, une vie cosmique à des mondes dessinés.
Gaston Bachelard, philosophe

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Exposition Roger PLIN, Galerie Paul Cézanne 1961
« Roger Plin est un convaincu, et comme il partage mon point de vue sur le dessin, je ne puis imaginer qu’il ait tort.
C’est sous deux angles différents que nous concevons notre amour du dessin, puisque Plin est artiste et professeur, et que je suis, moi, conservateur de dessins. Mais un même intérêt passionné nous attache à ces feuillets qui sont les confidences des artistes, et quand nous en parlons ensemble, c’est bien avec le même cœur et la même langue. Aussi ai-je relu dernièrement avec plaisir les réflexions de ce jeune artiste publiées dans le Bulletin de l’Éducation Nationale.

Roger Plin s’y place dans son rôle d’initiateur, il s’appuie sur le riche patrimoine artistique de la France, conseille l’étude attentive des œuvres du passé, estimant que le contact direct avec une œuvre aboutie est la meilleure introduction aux initiatives d’un art personnel… » Jacqueline BOUCHOT-SAUPIQUE, ancien Conservateur du Cabinet des dessins du Musée du Louvre